AIPHP
Association des Anciens Internes et Internes en Pharmacie des Hôpitaux de Paris et de sa région
Salle de garde
Pierre Faure (1974), Rui Batista (1994), Simon Perreau (2015), le 19 janvier 2021.
Remerciements au Dr Côme Bureau, Président de l’Association Le plaisir des Dieux.
Historique et généralités
« la salle de garde est un lieu où se perpétue une tradition, relativement complexe, parfois choquante aux yeux des profanes, dont l’origine et la signification sont largement méconnues par ceux qui y vivent. …cela se fait ainsi parce que cela c’est toujours fait » [1].
Certains internes ne fréquentent pas la salle de garde au cours de leur semestre. Par contre la présence en salle de garde impose d’y appliquer ses coutumes.
C’est un lieu fermé situé dans un endroit du site hospitalier. Composé d’une cuisine, d’une salle et de plus en plus rarement de chambres.
Avec ses nombreux rites : l’économe, le(s) sous-économe(s)-l’économinette(s), les Internes, les fossiles, le règlement, la quinconce, les mots et les sujets interdits, les projections, les taxes, la roue, l’arrivée du café, les améliorés, les battues, les chansons, les tonus, les enterrements, et les fresques [2,5].
L’enterrement marque la fin de l’Internat, l’interne y « meure » pour mieux renaitre à sa vie de médecin ou de pharmacien. Cette cérémonie correspond à l’élévation à la maitrise dans le compagnonnage ou la Franc-maçonnerie.
Les Diners de Patrons, où les chefs de service étaient invités par leurs internes, hiérarchie inverse, étaient des moments de vérité souvent cruels.
Des salles de garde sont ou étaient communes médecins et pharmaciens, d’autres séparées.
Ces dernières années, de par plusieurs phénomènes, ce qui est décrit dans les Livres du Centenaire ou du Bicentenaire de l’Internat n’existe plus [3,4,5].
Les fresques, ont aussi une vertu cathartique : phénomène de purification défini par Aristote, consistant en la libération des émotions chez le spectateur au cours de la représentation d’une tragédie selon le Littré. Le thème central des fresques tourne autour du sexe notamment masculin en érection, des scènes de pénétration…à rapprocher des fresques antiques romaines, grecques…
A titre historique, sont mentionnées des fresques de salle de garde d’Ile de France dont quelques-unes dans des salles de garde de pharmacie [7,8,9].
André Mignot [7] - Argenteuil [7]- Armand Trousseau [8,9] - Beaujon [7,8,9] - Bicêtre [8 (Pharmacie 8),9] - Bichat [8,9] - Boucicaut [8] - Broussais [8] - La Charité [7,8] - Cochin [7, 8 (Pharmacie 8)], Fernand Widal [9] - Gustave Roussy [9] – Hôpital Européen Georges Pompidou [9] - Hôtel-Dieu [8,9] - Necker Adultes [7,8] - Necker Enfants malades [8 (Pharmacie 7)] - Paul Brousse [9]- La Pitié [7,9] - Quize Vingt [7] - Robert Debré [9] - Rothschild [7,8] - Saint-Antoine [7,8 (Pharmacie 7], 9] - Saint-Louis [8, 9 (Pharmacie 7)]- Sainte-Perine [7] - Saint-Vincent de Paul [8,9] - Sainte-Anne [7], Salpêtrière [8,9 (Pharmacie 7)] - Versailles [7].
Devenir des salles de garde ?
Le seul maintien des traditions ne saurait suffire à fortifier les coutumes des internes. Il faut être attentif et contributif au renouvellement des équipes des internats, des économes et au maintien des liens avec l’Administration locale et le soutien du corps médical.
Pour des raisons économiques et de respect de l’hygiène, le mouvement de suppression des salles de garde s’est amplifié. Des salles de garde peuvent subvenir à leurs propres besoins grâce aux cotisations des administrés et de la capacité de l’économe à récolter ses cotisations, les solutions dématérialisées type applications mobiles facilitent les rentrées.
Cependant, les surfaces ou les emplacements des salles de garde sont très convoités dans les ré-aménagements ou les réorganisations des activités hospitalières. Il est fréquent lors de la construction d’un nouvel hôpital ou lors de son transfert, que la salle de garde disparaîsse, les internes étant autorisés à accéder au self du personnel. Un des points faibles concerne les cuisines. Soumises à des réglementations strictes d’un point de vue sanitaire (inspection des services vétérinaires), au remplacement de la vaisselle, des couverts et des équipements et aux recrutements/remplacements des personnels dédiées… la magie de la salle de garde se perd, démotive les internes à s’impliquer dans sa gestion et son entretien. L’accessibilité et la sécurisation des locaux posent des problèmes de responsabilité et de coordination avec l’institution hospitalière. Le vandalisme n‘est pas toujours maîtrisé.
L’Association « Le plaisir des Dieux » qui entretenait un lien entre les salles de garde, organisait une chorale, des Diners de patrons, le Bal de l’Internat et soutenait la réalisation de fresques n’a pas eu un renouvellement de ses équipes. Il semble que les salles de garde continue sans elle, la structure persiste en se réinventant loin des traditions parfois, mais au fond c’est l’histoire.
La féminisation des professions médicales, la lutte contre le sexisme et les agressions sexuelles ont avec le mouvement #Me Too créé en 2006 et amplifié en octobre 2017 avec l’affaire Harvey Weinstein et ses répercussions sur les réseaux sociaux ont modifié totalement l’organisation des salles de garde. En salle de garde, comme dans le huis clos des Blocs opératoires où sont rapportés des remarques sexistes et des comportements plus violents, les établissements de santé et les Universités ont pris des mesures importantes pour lutter contre le sexisme qui crée un climat qui conduit à accepter des gestes déplacés qui préparent le terrain au harcèlement sexuel.
A noter que de plus en plus d’économes sont des femmes que l’on appelle Econome.
Cet économe, même face à un public averti, doit être attentif au consentement qui doit être formel : ne pas imposer de montrer sa poitrine ou ses fesses, supprimer les taxes dégradantes, la roue…[10-11].
Autre incidence, l’impact des réseaux sociaux. Notamment lors d’un tonus à la salle de garde de Saint-Louis en octobre 2018, avec des invitations comportant des jeux de mots « star trique », la « pipe culture »…dont s’est saisit une association féministe de la Faculté de Diderot auprès du Doyen de la Faculté de médecine. Leurs reproches portaient sur l’apologie du viol et sur l’encouragement de la consommation d’alcool à des fins malhonnêtes. Convoqué par le Doyen et le Directeur de l’hôpital, l’Econome a été prié de ne plus utiliser des jeux de mots à consonnances pornographiques sous menace d’interdiction. D’où le décalage entre les pratiques réelles en salle de garde et la perception de ces pratiques par le public. Un soin particulier a concerné l’organisation des tonus suivants.
Les salles de garde ont fait leur examen de conscience et leur évolution contrairement à d’autres structures de l’hôpital. Les attaques ou les controverses sont moins présentent depuis quelques années.
Les fresques : vaste sujet [6-7-8-9-12]. Les anciennes fresques sont souvent crues, commandées par l’Econome et ne représenter que des gens le souhaitant. Est-ce que cela a toujours été respecté ? Les nouvelles fresques peuvent être plus soft. Sous ces réserves, la liberté d’expression doit demeurer. Ceci renvoie à tous les échanges, les réflexions qui ont suivi les attentats visant Charlie Hebdo.
Certaines fresques obscènes où avec des détournements politiques qui ornaient certaines salles de garde ont fait l’objet d’une demande d’effacement par les Directions hospitalières.
Repeindre les murs ne lutera pas contre le sexisme au quotidien à l’hôpital. Martin Hirsch, le DG de l’AP-HP s’est exprimé : « Les fresques des salles de garde doivent être considérées comme un témoignage de pratiques révolues, pas comme une incitation à maintenir des traditions malsaines ». Mme Hidalgo, Présidente du Conseil de Surveillance de l’AP-HP, lors de ses vœux de 2015 aux personnels de l’AP-HP, a demandé « de veiller à ce qu’aucune fresque à caractère violent et dégradant, sexiste, machiste ou homophobe ne prenne place dans l’enceinte de l’AP-HP ». En pratique, cette administration n’a pas demandé de repeindre les fresques.
Et demain ?
L’épidémie de la Covid-19 avec ses gestes barrières et ses mesures d’hygiène strictes, a provoqué subitement la fermeture des salles de garde. Et pour une durée incertaine avec une réouverture dont les exigences ne sont pas connues. Dans le débat sur « soigner les soignants », la salle de garde a su prendre une place, peu médiatisée mais sans polémique.
Compte tenu de tous ces aspects, si les acteurs sont attentifs, contributifs, une lueur d’espoir l’emporte pour une réorganisation de la vie collective des internes dans les salles de garde.
Sources d’information